Histoire de France.
Fayard, 1924, in-12, 572 pp, broché, bon état (Les Grandes Études historiques). Édition originale sur papier alfa
"Ce livre a fait du bruit, a été beaucoup lu et l'est encore, non sans raison ; il ne prétend pas être d'érudition, ni bien original ; il se contente de développer cette idée que personne aujourd'hui ne conteste : c'est la monarchie française, ce sont les rois, et surtout les Capétiens, qui ont construit la France dans un travail lent et patient de plus de dix siècles. L'auteur groupe en vingt-deux tableaux les grandes époques de l'histoire de France, depuis la conquête par les Romains, jusqu'à la dernière guerre et ses suites. Après avoir résumé dix siècles en trois chapitres, dans lesquels tout d'abord il montre comment les Carolingiens et les héritiers de Clovis jetèrent les bases ethniques, territoriales et sociales sur lesquelles travaillèrent les vrais fondateurs, les Capétiens, il aborde ceux-ci, raconte dans trois autres chapitres leurs premiers efforts et leurs luttes pour se soustraire au chaos féodal. Enfin, il pénètre au cœur de son programme avec Louis XI, et expose en détail les résultats de ce règne et des suivants, qui aboutissent à organiser de toute pièce la monarchie, c'est-à-dire la nation française. On peut dire qu'avec Louis XIV, et surtout à partir de Louis XV, c'est la Nation qui se forme, pendant que la royauté, surmenée par le grand roi, penche sur son déclin. Nous avons donc dans les dix derniers chapitres la partie vraiment neuve, vivante et instructive de l'ouvrage. (...) Le rôle néfaste des philosophes, l'opposition étroite et obstinée des parlements, la maladresse des ministres qui les rappelèrent, y compris Turgot, l'incapacité de Necker et autres fauteurs de cette Révolution sont suffisamment mis en lumière. L'auteur ne méconnaît ni Napoléon Ier, ni les Bourbons, ni Louis-Philippe, et il souligne leurs fautes comme leurs mérites ; il rend justice à Napoléon III et à la troisième république..." (P. Richard, Revue d'histoire de l'Eglise de France, 1925) — Quand il était au collège, Jacques Bainville n'aimait pas l'histoire. Que discerner dans ce tissu de drames sans suite, cette mêlée, ce chaos ? Lui voulait savoir "pourquoi les peuples faisaient des guerres et des révolutions, pourquoi les hommes se battaient, se tuaient, se réconciliaient". Déjà célèbre pour son intelligence des relations internationales, il se plongea deux ans dans l'écriture d'une Histoire de France qui paraîtrait en 1924 et serait un immense succès de librairie : 160 000 exemplaires tirés avant 1940. Ce grand ouvrage embrasse d'un seul regard, où l'élégance du style le dispute à la hauteur de l'analyse, le destin de la nation française de la Gaule romaine au premier après-guerre. Livre de chevet d'une génération, il est de ceux où l'intelligence, au-delà des partis pris politiques, vient sans cesse éclairer "l'inerte matière historique".