Référence :121968

Le Fauteuil du Maréchal Joffre. – Discours de réception de M. le général Weygand à l'Académie française et réponse de M. Jules Cambon, ambassadeur de France.

[Académie française] – WEYGAND (Maxime), Jules CAMBON.

Plon, 1932, gr. in-12, 136 pp, broché, non rogné, couv. lég. salie, bon état. Edition originale, ex. numéroté sur Alfa

Vibrant hommage au maréchal Joffre. — "Le chef d'état-major de Foch avait à prononcer l'éloge du maréchal Joffre. Joffre, c'est avant tout la manœuvre de la Marne. Elle lui a été disputée. Le général Weygand lui en rend, dans un exposé lumineux, toute la gloire. Il en suit la genèse. Au début de la guerre, une doctrine récente sur les vertus de l'offensive emporte l'armée à un désastre. Joffre n'est pas un théoricien. « Homme d'action, il faut le juger dans l'action. » Loin d'en être accablé, il tire la leçon du revers. Il cède du terrain et monte sa riposte. Il l'avait répétée par trois fois aux grandes manœuvres précédentes. Il a. son plan et surtout du sang-froid et du caractère. Une certitude mystique, massive comme sa personne, anime ce taciturne. « Vous ne croyez donc pas à la France ? » s'écrie-t-il à un officier que son calme scandalise. Et il frappe du poing sur la table. Il joue en maître des transports et des chemins de fer. Il supplée « à une tactique insuffisante par une stratégie supérieure ». Il constitue son front, il dispose ses armées, il articule ses forces avec cet amour du solide, du bâti, qui est la marque de cet homme à la forte charpente. Tout ce récit lucide des journées immortelles a été suivi par un auditoire haletant. Le soir de la rupture, le général Weygand, bien trop aise pour dormir, décide de porter lui-même au corps d'armée voisin l'ordre de la poursuite. Course dans la douceur de la nuit d'été, instants de bonheur sous les étoiles, où venait de se rallumer celle de la victoire, minute d'abandon digne de Fabrice del Dongo !... Le passage a été longuement applaudi. Le point capital du discours fut l'histoire de l'année 1916, l'année de Verdun et de la Somme, celle aussi de la disgrâce de Joffre : disgrâce funeste, qui fut la tragédie de la guerre ! A la fin de 1916, à la suite d'une série d'offensives concentriques prescrites et concertées par Joffre, la guerre était quasi gagnée. L'Allemagne demandait grâce. Sa situation était aussi désespérée qu'à l'automne de 1918 : le front russe tenait bon, et il n'y avait pas eu de repli Hindenburg. Tous les résultats qu'on a obtenus après dix-huit mois dramatiques, pouvaient être acquis un an plus tôt. On aurait fait l'économie d'un million de vies humaines. La paix était possible sans le secours de l'Amérique, il y aurait encore une Russie. Tout le gâchis de l'Europe pouvait être épargné..." (Louis Gillet, Revue des Deux Mondes, 1932)

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